Jour 2 : Procès contre la loi 21 

Une deuxième pleureuse 

La seconde journée d’audience a commencé avec le témoignage de Bouchera Chelbi, d’origine algérienne, arrivée au Québec en 2002. Madame Chelbi porte le hidjab et elle est enseignante en enseignement de l’anglais langue seconde à l’école primaire.

Pour son témoignage, son avocat a cité sous forme de questions à sa cliente plusieurs passages des rapports des deux experts du Mouvement laïque québécois (MLQ), Georges-A Legault et Jacques Beauchemin, en demandant à madame Chelbi de réagir aux affirmations qu’on y retrouve.

À la question demandant s’il est difficile pour elle de concilier le port de signe religieux avec l’exigence de neutralité de l’État, Bouchera Chelbi répond que la formation qu’elle a reçue est neutre et que son hidjab n’engendre pas de méfiance avec les élèves et leurs parents. Qu’en 12 ans d’enseignement, la seule fois où il y a eu méfiance, c’est avec un couple lesbien, mais qu’après les avoir rencontrées, l’une d’elle s’est déclarée satisfaite.

Madame Chelbi pratique l’intersectionnalité

Et d’ajouter que l’origine, la religion ou l’orientation sexuelle des élèves lui importe peu. Et avec les athées, demande son avocat ? L’école est le reflet de la société et il n’y a pas de conflit. Et les apostats de l’islam ? Deux de mes collègues ont abandonné l’islam et il n’y a pas de conflit non plus. J’ai des rapports cordiaux avec les collègues, les parents et les élèves qu’ils soient lesbiens, athées, transsexuels ou coptes (chrétiens d’Égypte).

Parfaite en tous points, on imagine fort bien madame Chelbi expliquant à des parents que l’identité de genre de leur fils n’est pas conforme à son sexe biologique et que le petit garçon devrait porter des vêtements de fille.

Puis madame Chelbi mentionne qu’elle a le droit d’enseigner mais qu’elle est limitée dans ses aspirations à cause de la loi 21. Donnant l’exemple d’un poste de conseillère pédagogique qui s’est ouvert et pour lequel elle n’a pu postuler et obtenir une promotion, elle s’arrête soudainement, fait silence, puis verse quelques larmes pour monsieur le juge. Un témoignage chargé d’émotion, dirait Radio-Canada …

Porter le hidjab comme des talons hauts

« Le hidjab m’a permis de m’affirmer. Ma mère me disait : Je peux manger ce que je veux mais tu dois t’habiller comme les autres le veulent ». Pourquoi portez-vous le foulard, demande alors son avocat ? « Je porte le foulard pour me réapproprier mon corps. On chiale toujours sur l’habillement des femmes. Je me fiche de l’opinion des autres ». Dans une société libérale, nul ne peut imposer ses croyances ? « Une femme qui porte des talons hauts n’impose pas les talons hauts. Je n’impose pas, je choisis ! ». Mais, ajoute son avocat, on ne peut exprimer sa conviction sans créer de tensions sociales ?

Les bonnes fraises du Québec

À l’époque du code de vie d’Hérouxville, j’étais dans le métro avec ma fille et je parlais arabe. Quelqu’un m’a dit que je parlais une langue de marde (sic). Je me suis sentie insultée et ma fille a eu peur. Puis à l’époque de la Charte des valeurs, alors que j’étais à l’épicerie, quelqu’un m’a dit : Retourne parler à ta communauté ! Mais j’étais dans ma communauté et je parlais français. J’expliquais même à ma fille qu’il faut acheter les fraises du Québec parce que ce sont les meilleures et que ça vient du Québec.

Cette référence à Hérouxville et à la Charte des valeurs fait écho à celle de Messaouda Dridj et suggère qu’à chaque fois qu’un gouvernement veut légiférer sur la laïcité, les femmes voilées en paient le prix. Encore et toujours victime !

En contre-interrogatoire, Me Pelchat a demandé quelle est la symbolique du hidjab ? Madame Chelbi a répondu que c’était pour elle une façon de se réapproprier son corps. On croirait entendre la Fédération des femmes du Québec.

Une enseignante en talons hauts

Que penser de ce témoignage ? Contrairement à Ichrak Nourel Hak qui affirmait que le port du hidjab est une obligation dans l’islam, Bouchera Chelbi le banalise au point de le vider de son contenu sexuel, sexiste et politique pour n’en faire qu’un simple vêtement que l’on peut choisir de porter par goût tout comme certaines femmes choisissent de porter des talons hauts. Un choix personnel qui n’a rien de religieux et qui échappe donc aux exigences de la laïcité.

Dans certains pays musulmans, on viole, on emprisonne, on torture et même assassine des femmes parce qu’elles refusent de porter le hidjab. On sait aussi que le hijab est le drapeau d’un l’islam politique qui s’oppose et combat farouchement la laïcité. Mais ici au Québec, Bouchera Chelbi nous le présente comme un vêtement de mode, un objet de coquetterie.

Je vais vous dire le fond de ma pensée, le jour où l’on verra débarquer dans un Palais de Justice une armée d’avocats et d’experts comme c’est le cas actuellement dans le cadre de la contestation de la Loi 21, pour défendre le port des talons hauts, on pourra peut-être croire madame Chelbi qui affirme que le hidjab équivaut à des talons hauts, mais en attendant, je continue de penser que son voile n’est pas une paire de chaussures, qu’il n’est pas banal, pas plus qu’insignifiant mais qu’il est, bien au contraire, le signe tout désigné d’un islam radical et d’un apartheid sexuel éhonté et que madame Chelbi prend les Québécois pour des valises !


Site personnel de Louise Mailloux

Jour 1 : Procès contre la loi 21

2 novembre 2020 

Les pleureuses

C’est lundi matin qu’a débuté en Cour supérieure du Québec le procès contre la Loi sur la laïcité de l’État (loi 21). Les audiences ont commencé par le témoignage d’une enseignante musulmane portant le hidjab, Ichrak Nourel Hak qui, avec le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC), l’un des lobbies musulmans les plus influents au Canada, et l’Association canadienne des libertés civiles, avait déposé une plainte devant les tribunaux au lendemain de l’adoption de la Loi 21 en juin 2019.

Dans son témoignage, madame Hak dit qu’elle a commencé à porter le voile à l’âge de 21 ans, au moment où fouillant les sources principales de l’islam, le Coran et les Hadiths, elle découvre que le port du hidjab est une obligation dans l’islam, que c’est pour elle une manière de pratiquer sa religion, précisant également que c’est son choix parce qu’elle veut donner l’image positive qu’une femme peut être voilée et épanouie.

Ayant obtenu son diplôme de baccalauréat en enseignement du français langue seconde après l’adoption de la Loi 21, elle affirme ne pouvoir travailler dans des écoles publiques et n’avoir d’autres options que celle d’enseigner dans des écoles privées car pour elle, le hidjab fait partie de sa religion et qu’il n’est donc pas imaginable de l’enlever.

Le témoignage d’Ichrak Nourel Hak s’appuie sur l’idée que le port du hidjab est une obligation dans l’islam tout en soutenant que c’est son choix ! Allez donc savoir ! Et s’il y en a qui peuvent mâcher de la gomme tout en marchant, eh bien madame Hak affirme ici sans broncher qu’elle peut avancer et reculer en même temps. Je suis obligée mais c’est mon choix ! Alors que la logique la plus élémentaire écarte la contradiction, madame Hak soutient cette contradiction sans jamais expliquer comment elle glisse de l’obligation au choix.

Elle oublie également de préciser que l’obligation du voile islamique est une question controversée et toujours en discussion dans le monde musulman, si bien que des musulmanes ne portant pas le voile n’en sont pas moins musulmanes pour autant.

Quant à la symbolique du hidjab sur laquelle Me Christiane Pelchat, l’avocate de Pour les droits des femmes (PDF-Québec) l’a questionnée, Hak a répondu que « ce n’est pas un symbole qui dégage un message haineux ». Vous demandez à quelqu’un ce que signifie une table et il vous répond que ce n’est pas un cheval. Décidément la logique n’est pas le point fort de madame Hak. Mais ne soyons pas dupe, c’était ici une façon d’éluder la question du symbolisme du voile islamique, de ne pas reconnaître son caractère sexuel, sexiste et politique.

Première pleureuse

Le second témoignage a été celui de Messaouda Dridj pour la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) dont les avocats sont Me Rémi Bourget qui, à l’époque de la Charte des valeurs, présidait l’organisme Québec inclusif qui s’est opposé au projet de Charte. Il est assisté de Me Frédéric Bérard ainsi que de Me Nour Farhat qui étaient également membres de Québec inclusif. Comme quoi on retrouve la famille !

Madame Dridj était déjà enseignante dans une école publique de Montréal au moment de l’adoption de la loi 21. Elle bénéficie donc de la clause des droits acquis et conserve son emploi. Elle a fait valoir qu’elle a le DROIT de porter le voile (on ne sait pas où ce droit est énoncé mais enfin…) et que les contraintes géographiques et hiérarchiques imposées par la loi 21 affectent ses ambitions professionnelles et lui causent des inconvénients comme ceux de ne pouvoir obtenir un autre poste, ni d’acheter une maison en périphérie de Montréal.

Messaouda Dridj est arrivée au Québec en 2004. Elle n’a pas manqué de souligner qu’en 2013, avec la Charte des valeurs de Madame Marois, le climat social face aux femmes voilées s’est détérioré. Qu’on les interpelle dans les centres commerciaux, les insulte et qu’une violence verbale s’exerce à leur endroit. Que tout cela s’est calmé par la suite, pour reprendre l’année dernière, insinuant qu’à chaque fois que le gouvernement veut légiférer sur la laïcité, les femmes voilées en font les frais. Encore et toujours cette sempiternelle victimisation pour culpabiliser les Québécois.

C’est alors que sous le regard de Me Bourget qui surveillait attentivement la réaction du juge, madame Dridj nous a servi son petit cinéma, s’élançant soudainement dans un élan de colère mêlée de pleurs, pour dire que le ministre Roberge qui a commandé un sondage sur les enseignants portant des signes religieux, les a injustement ciblés. Victime encore et toujours.

Bref, après cette première journée d’audition sur la contestation de la Loi sur la laïcité de l’État, a-t-on parlé de laïcité ? Absolument pas ! De devoir se conformer aux prescriptions du Coran dans les écoles publiques du Québec, pas plus que de pouvoir s’acheter une maison en périphérie de Montréal n’a franchement rien à voir avec la laïcité.


Site personnel de Louise Mailloux