Jour 13, 14 & 15 : Une experte de la situation des femmes dans la culture arabo-musulmane qui ébranle la Cour

22 novembre 2020

Clairement, les opposants à la Loi sur la laïcité de l’État (Loi 21) auraient préféré que la Cour supérieure n’entende pas l’experte Yolande Geadah, spécialiste de la situation des femmes dans la culture arabo-musulmane et auteure du livre Femmes voilées, intégrismes démasqués. Ils se sont tout d’abord âprement opposés à ce qu’on la reconnaisse comme experte, même s’ils avaient en main l’impressionnante biographie de Mme Geadah qui a notamment complété une scolarité de doctorat en science politique à l’UQAM. Mme Geadah est une chercheure féministe indépendante, membre associée de l’IREF (Institut de recherche et d’études féministes) de l’UQAM. D’origine égyptienne, elle s’intéresse depuis plus de trente ans aux conséquences de la montée de l’intégrisme religieux sur les droits des femmes et sur le vivre-ensemble. Elle a, entre autres, été consultante senior en développement international, spécialisée dans l’élaboration de stratégies visant à favoriser l’égalité des sexes dans les programmes de développement; travail effectué tant auprès de diverses agences gouvernementales que non gouvernementales. Elle est aussi l’auteure de trois avis du Conseil du statut de la femme dont un sur la polygamie qui a servi de rapport d’expert à la Cour supérieure de la Colombie-Britannique, et un autre sur les crimes d’honneur. Malgré sa fiche impressionnante d’accomplissements et ses riches recherches sur le terrain, les opposants à la Loi 21 ont tout fait pour l’exclure.

On lui a aussi reproché de ne pas avoir fait référence, dans son rapport déposé à la Cour, à de nombreuses sources académiques. Or, celles-ci sont listées dans chacune de ses nombreuses publications. Il n’en demeure pas moins que Mme Geadah est d’abord et avant tout une femme de terrain qui, contrairement à plusieurs chercheurs universitaires, collige ses données primaires directement grâce aux entrevues qu’elle réalise auprès de femmes de culture arabo-musulmane confrontées à l’intégrisme religieux ici et dans le monde. C’est d’ailleurs ce qui est au cœur de son apport exceptionnel, car ces femmes participent rarement à des études, car elles ont peur des représailles. C’est donc en se basant sur l’ensemble de ses lectures et sur ses observations empiriques, suite à ses nombreuses et riches recherches sur le terrain, que Mme Geadah a choisi d’aborder l’évaluation de l’importance de la Loi 21 par rapport à l’égalité entre les femmes et les hommes, plutôt qu’en fonction de ses seules références bibliographiques. Fort heureusement, et bien malgré eux, le Juge a refusé la requête des opposants à la Loi 21 et a reconnu l’expertise de Mme Geadah.

Mme Geadah a ainsi pu éloquemment faire valoir que la promotion du port du voile dit islamique fait partie d’une vaste campagne planétaire, menée par un mouvement islamiste qui instrumentalise la religion à des fins politiques, pour imposer ses codes et pratiques, que ce soit en Égypte, en Algérie, en Tunisie, au Québec ou ailleurs. Ce voile renforce les stéréotypes sexistes et contrevient au principe de l’égalité des sexes. Le voile permet un contrôle social accru sur les femmes et établit un marquage ethnico-religieux, induisant des rapports sociaux qui ne favorisent pas le vivre-ensemble. Elle a aussi tenu à rappeler que les femmes qui refusent le voile font elles aussi partie des minorités qu’il faut défendre. Pour elle, la Loi 21 ne porte pas sur les choix individuels, mais constitue un choix de société qui permet d’assurer un espace éducatif exempt de pressions religieuses. Le rôle de l’école, incarnée par ses enseignantes et ses enseignants, est de transmettre l’esprit de liberté et d’indépendance face aux dogmes, quels qu’ils soient.

Voilà les propos, bien appuyés, que les opposants à la Loi 21 ne voulaient pas entendre. Lors de son contre-interrogatoire, ces opposants ont encore une fois tenté de discréditer Mme Geadah mais ce fût peine perdue puisqu’elle a profité de l’occasion pour encore mieux illustrer le danger de l’islamisme et l’importance d’un espace neutre dans les écoles. Déroutés, les opposants à la Loi 21 ont alors cherché à réduire son apport en critiquant la longueur de ses réponses et en disant que cela aurait un impact important sur le coût de la transcription. Vraiment ? Eux dont les contre-interrogatoires de précédents experts s’étaient éternisés. Qui plus est, voyant cette fois que les propos de Mme Geadah permettaient de mettre en lumière tout un pan occulté des bénéfices de la Loi 21 sur l’égalité entre les femmes et les hommes, sans surprise, les opposants à la Loi ont mis rapidement fin à leur contre-interrogatoire.

Clairement, pour les opposants à la Loi 21, l’expression de sa religion passe avant la liberté de conscience des élèves et l’égalité entre les femmes et les hommes, pourtant l’une des valeurs fondamentales du Québec.