Jour 24 : Selon EMSB, le port de signes religieux fait partie des droits protégés de la communauté anglophone

8 décembre 2020

Aujourd’hui, English Montreal School Board (EMSB) poursuit sa plaidoirie contre la Loi sur la laïcité de l’État (Loi 21) en mettant, cette fois, l’accent sur les droits de la communauté anglophone du Québec. À les entendre, l’interdiction du port des signes religieux par les enseignantes et enseignants serait incompatible avec les préoccupations linguistiques et culturelles légitimes de la minorité.

Le port de signes religieux signifiant la pudeur et la modestie des enseignantes d’EMSB, par exemple, serait donc indispensable à la survie et à l’épanouissement de la communauté anglophone du Québec. Oh well! L’égalité entre les femmes et les hommes serait-elle une valeur moins fondamentale auprès de la communauté anglophone que francophone?

EMSB argue que la Loi 21 envoie un message d’intolérance et d’exclusion à ses élèves et à leurs familles et ne reflète pas les valeurs de notre loi constitutive et celles du Programme de formation de l’école québécoise. Or, en interdisant le port de signes religieux aux enseignantes et enseignants des écoles publiques, l’État assure la protection des enfants contre l’endoctrinement. Il y a une différence fondamentale entre la transmission de connaissances rationnelles et l’endoctrinement : c’est le doute ou l’esprit critique. Par définition, l’endoctrinement transmet des préceptes immuables et indubitables; au contraire, l’enseignement préconisé par la laïcité encourage la remise en question et l’argumentation logique. La laïcité valorise la rationalité et freine l’arbitraire. [1]

La laïcité assure la paix et la cohésion sociale. La laïcité est le principal antidote des conflits de religion, les autres étant les Lumières, l’humanisme, la tolérance, l’esprit critique, le discernement, l’éducation, la justice et la rationalité. C’est au philosophe des Lumières John Locke (1632-1704) que l’on attribue la première expression de l’idée moderne de laïcité. [2]

L’interdiction temporaire du port de signes religieux par les enseignantes et les enseignants permet à l’État d’avoir une approche universaliste des droits et des valeurs en misant sur ce qui est commun à tous plutôt que sur les particularismes religieux qui divisent et qui excluent: «La laïcité de l’État ne vise pas l’identité ; elle vise la primauté du civil comme bien commun […]. L’idée de séparer l’État et les religions est de chercher ce qui rassemble plutôt que ce qui différencie […]. Ce ne sont pas les religions qui peuvent fonder la société civile, qui fondent l’égalité des femmes et des hommes, qui assurent la liberté de conscience. L’Histoire nous l’apprend : le religieux ne peut prévaloir sur le civil, ne peut être imposé comme principe civil.» [3]

Mais cela, selon EMSB, ce serait incompatible avec les préoccupations linguistiques et culturelles légitimes de la minorité anglophone.


Sources : 

[1] Association humaniste du Québec (PDF, 466 ko)

[2] Association humaniste du Québec (PDF, 466 ko)

[3] Yvan Lamonde, « La laïcité et la question identitaire », Le Devoir, 20 avril 2019.