Jour 25 : l’éléphant dans la pièce

14 décembre 2020

Le procès contre la loi sur la laïcité de l’État tire à sa fin et certains avocats défendant les opposants à la loi ne se sont pas gênés pour déverser leur ignoble mépris sur les Québécois francophones. À ce chapitre, les avocats de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Me Rémi Bourget et Me Frédéric Bérard, se sont particulièrement illustrés, parlant de diktat de la majorité canadienne-française, d’instinct identitaire, d’islamophobie, de gouvernement populiste et de montée du populisme en Occident, auquel le Québec n’échappe pas, et qui seraient, selon eux, à l’origine de la loi 21.

Nous retrouvons ici le même discours démagogique que ces deux avocats tenaient en 2013, contre les partisans de la Charte des valeurs, alors qu’ils étaient les principaux signataires du Manifeste pour un Québec inclusif. Sept ans plus tard, ils nous rabâchent la même rengaine, faisant pleuvoir les mêmes insultes et tentant désespérément de nous convaincre de la petitesse du petit peuple qui rêve de casser du sucre sur le dos des musulmans. Populisme, ils n’ont que ce mot à la bouche. Ils sont extras ces avocats. C’est, paraît-il, notre élite, convaincus qu’ils sont de faire l’histoire. Une histoire sans peuple, leur histoire, celle où le peuple ne doit d’aucune façon devenir un acteur politique. Que le peuple se contente de magasiner chez Walmart. On veut bien être démocrate mais tant que c’est nous, les avocats, qui décidons.

Nazisme

Ce refrain-là nous a aussi été servi à l’époque de la Charte des valeurs. Les croix gammées sur les pancartes, vous vous rappelez ? Nazisme, l’insulte suprême, la machine à faire peur au monde. Pire que la COVID-19. Il est pour le moins ironique que Me Azim Hussain ait comparé la loi 21 aux lois de Nuremberg promulguées par les nazis pour discriminer les Juifs alors que celles-ci incluaient notamment l’interdiction de mariage entre des Juifs et des citoyens de sang allemand et que dans l’islam, il soit interdit à une femme musulmane d’épouser un non-musulman sans compter l’interdiction pour un homme musulman d’épouser un polythéiste ou un athée. Se pourrait-il que Me Hussain, qui fait aussi partie de l’élite, puisse ignorer de telles prescriptions coraniques ?

Ouvrir les vannes

M. le juge, disait l’avocat Hussain, « les lois de Nuremberg ont jeté les bases pour ce qui s’est passé plus tard. » Mais que pourrait-il bien se passer exactement ?

M. le juge, disait l’avocat Bourget, «si on laisse passer ici, les vannes vont être ouvertes. N’importe quel autre gouvernement un peu populiste pourra aller plus loin.» Mais aller où, dites-moi ?

M. le juge, plaidait à son tour l’avocat Bérard, «deux options s’offrent à la Cour, soit valider la clause dérogatoire et ouvrir les vannes.» Mais ouvrir les vannes de quoi au juste ? «Mais dans dix ans, disait-il ?». Mais dans dix ans, quoi? Cela fait sept ans que vous nous répétez la même chose, sept ans que vous nous inondez d’insultes, alors on peut bien vous endurer encore dix ans  Nous avons la vie devant nous et le soleil brille toujours.

Quel message ces avocats ont-ils voulu envoyer au juge Blanchard? Que le ciel va nous tomber sur la tête comme dans Astérix? Par Toutatis! Que le Québec est bien près de sombrer dans le nazisme ? Que les musulmans sont menacés d’extermination? Que le populisme gangrène le Québec au point de le faire basculer dans le fascisme?

Allons soyons sérieux, arrêtons de délirer et de faire peur au monde avec toutes ces bêtises. Parlons plutôt du vrai message, de celui que les opposants à la loi 21 n’ont jamais nommer et auquel ils pensent sans arrêt. Y penser toujours mais n’en parler jamais! Voilà leur obsession. Celle pour laquelle ils ont interpelé le juge Blanchard avec tant d’insistance.

Le message 

Il est tout simple. Dans l’hypothèse où la loi 21 serait déclarée constitutionnelle, cela autoriserait également toutes les autres provinces canadiennes à légiférer de la même manière dans leur province respective. Et dans l’hypothèse contraire, où la loi 21 serait déclarée inconstitutionnelle en vertu de certains articles pour lesquels la clause dérogatoire ne s’applique pas, alors aucune autre province canadienne, pas plus que le Québec, n’aurait le droit de légiférer en ce sens.

On a tort de penser que la loi 21 ne concerne que le Québec car l’enjeu est tel qu’il dépasse largement les frontières du Québec. L’enjeu est pancanadien et le Québec y joue un rôle de leadership. Il ne faut pas perdre de vue que, bien que l’élite politique, médiatique et académique, dans le reste du Canada, s’opposent à la loi 21, le peuple canadien, pour sa part, appuie la loi 21 dans une proportion de 46% au Canada, incluant les Québécois. C’est à n’en pas douter ce genre de vannes que l’on craint de voir ouvrir. Que l’incendie se propage à travers tout le Canada et tout cela dans la plus parfaite légalité.

Voilà pourquoi les Québécois en prennent plein la gueule parce qu’ils sont les premiers à se présenter au bâton. Voilà pourquoi on exagère les invectives à leur endroit parce que l’on veut tuer dans l’œuf toute velléité de légiférer dans le même sens au Canada anglais. Voilà pourquoi on a dépêché autant d’avocats de cabinets réputés, du Québec et de l’Ontario, pour combattre cette loi et que l’Association canadienne des libertés civiles intervient dans cette cause pour contester la loi 21, elle qui est un organisme qui a l’habitude de s’impliquer dans les causes types qui vont modifier de façon significative et substantielle la jurisprudence canadienne. Voilà de quoi il est question quand ces avocats disent que l’on va ouvrir les vannes. Oublier le nazisme et le populisme. C’est de cela dont ils parlent.

L’éléphant, c’est l’islam

M. le juge a raison et Me Bérard a aussi raison, l’éléphant dans la pièce, c’est l’islam. Sauf que ce n’est pas parce que les Québécois sont islamophobes, comme le prétend Me Bérard, mais bien parce que certains musulmans refusent la laïcité. Ne rien laisser sans islam et grâce au voilement des femmes, donner à cette religion le maximum de visibilité en se positionnant avantageusement dans les institutions publiques pour en contester le caractère laïque. Il est là le gros éléphant!

Ainsi comme le soulignait si pertinemment dans sa plaidoirie, Me Luc Alarie, l’avocat du Mouvement laïque québécois, le problème pour les femmes voilées, ce n’est pas la loi 21 mais plutôt leur religion. La loi 21, disait-il, n’est pas un obstacle à leur engagement comme enseignante puisqu’elle ne définit que les conditions d’exercice de la profession, c’est-à-dire de ne pas porter de signes religieux au travail.

Dans ce procès, nous avons affaire à un islam militant et anti-laïque qui se pointe devant les tribunaux à la moindre interdiction. Rappelez-vous en 2017, suite à l’adoption de la loi 62 sur la neutralité de l’État, le Conseil national des musulmans canadiens avait aussitôt demandé la suspension de l’article 10 de la loi qui exigeait que les services publics soient donnés et reçus à visage découvert. C’est ce même lobby musulman qui conteste aujourd’hui la loi 21. Est-il besoin de préciser que cette démarche ne relève pas de la foi, que nous sommes bien loin de la religion mais plutôt dans la chaude marmite du politique.

Ajoutez à cela que l’islam est la seule religion qui se présente comme une race, ce qui est bien évidemment une aberration, et qu’elle en tire un avantage politique indéniable, celui de transformer les musulmans en victimes, de culpabiliser la majorité francophone et de faire passer la défense de la laïcité pour du racisme. Nous ne jouerons pas dans ce film-là.

La laïcité, seule solution

La laïcité n’est pas parfaite mais, comme le disait Churchill de la démocratie, c’est ce que nous avons trouvé de mieux jusqu’à maintenant. Cela demeure encore la meilleure solution pour protéger les institutions publiques de l’intrusion du religieux et affirmer la neutralité de l’État parce que, comme le faisait remarquer si justement le Président Macron, dans les institutions publiques, c’est la loi des hommes qui doit primer et non celle de Dieu.


Site personnel de Louise Mailloux
Cet article est également présent dans le Journal de Montréal.