Photo : Nathan Denette, La Presse canadienne
On ne peut prétendre respecter le bien-être des animaux et leur trancher le cou sans les avoir désensibilisés.
Nadia El-Mabrouk et Caroline Kilsdonk
La première est présidente du Rassemblement pour la laïcité ; la seconde est docteure en médecine vétérinaire et bioéthicienne.
Lire ce texte publié au Devoir, le 28 juillet 2026.
Monsieur Heath MacDonald, ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, en tant qu’instigatrices de la pétition e-7108, adressée au gouvernement du Canada en ce qui concerne l’abattage rituel, halal et casher, nous tenons à exprimer notre indignation face à la réponse que les 15 202 signataires, dont nous-mêmes, ont reçue de votre part.
Cette réponse nous indique que votre ministère ne voit pas de problème à permettre, à financer et même à promouvoir, pour des raisons économiques et de compétitivité internationale, un abattage d’animaux d’élevage (vaches, veaux, moutons, agneaux) sans étourdissement, ce qui entraîne la mort de l’animal à la suite d’intenses souffrances. Cette souffrance n’est d’aucune utilité pour la qualité de la viande et peut être évitée par l’insensibilisation préalable de l’animal, comme cela est prévu pour l’abattage conventionnel sans accommodement religieux. Comment accepter de faire de la souffrance animale un levier économique ? Rappelons que certains pays, comme la Norvège, ont interdit un tel abattage sans étourdissement de l’animal, sans pour autant cesser de produire de la viande halal.
Vous dites qu’il s’agit de respecter la liberté de religion garantie par la Constitution. Or, la cruauté animale ne relève d’aucune liberté. Vous affirmez, dans le même temps, veiller à respecter le bien-être des animaux et à les protéger contre toute souffrance évitable. Or, l’égorgement en pleine conscience de l’animal est précisément une souffrance extrême, qui est évitable par un abattage conventionnel après étourdissement. Votre réponse est donc contradictoire. On ne peut à la fois prétendre respecter le bien-être des animaux et leur trancher le cou sans les avoir désensibilisés.
En ce qui concerne notre recommandation d’étiqueter la viande de sorte à en indiquer le mode d’abattage, nous déduisons de votre réponse que seuls les consommateurs de viande halal et casher ont droit à la transparence, à des aliments étiquetés « d’une manière qui ne soit ni fausse ni trompeuse », et à une information leur permettant de « prendre des décisions éclairées concernant les aliments qu’ils achètent ». En effet, les entreprises n’étant pas tenues d’indiquer le mode d’abattage sur la viande, les consommateurs souhaitant consommer de la viande d’un animal abattu de façon conventionnelle n’ont aucun moyen de s’en assurer en consultant l’étiquette. Autrement dit, votre réponse confirme que la grande majorité des consommateurs du Canada ne bénéficient pas du droit d’être adéquatement informés et de faire un choix alimentaire éclairé.
Vous indiquez, pour finir, que les étiquettes alimentaires doivent mentionner le nom et l’adresse de l’entreprise responsable de l’aliment, et que, grâce à ces détails, le consommateur peut communiquer avec l’entreprise, le fabricant ou l’importateur, pour en savoir plus long sur la méthode d’abattage. Cet argument nous laisse perplexes. Combien de temps un citoyen devra-t-il consacrer à appeler les entreprises, les fabricants et les importateurs mentionnés sur les étiquettes de chaque paquet de viande de bœuf, de veau, d’agneau ou de poulet ? Comment s’assurer d’obtenir l’information juste ? Et pourquoi infliger cette tâche aux seuls citoyens exigeant un abattage sans cruauté de l’animal ?
Pourquoi ne pas éliminer également les étiquettes « halal » et « casher » et laisser aux consommateurs de ces produits le soin de contacter l’entreprise pour s’informer du mode d’abattage ? Avec égard, cette réponse témoigne d’un manque de respect envers la grande majorité des consommateurs du Canada.
C’est pourquoi nous vous demandons, Monsieur le Ministre, de reconsidérer les demandes légitimes des 15 202 signataires de cette pétition, et de bien vouloir répondre par des propositions concrètes, à même de réparer le grave préjudice causé à la grande majorité des consommateurs du Canada.
